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Née à Rome en 2003, la CasaPound a son quartier général dans un immeuble au cœur de la ville, occupé depuis lors par des militants du mouvement sociopolitique. Forte d’une maitrise incontestable du net et d’un éclectisme culturel déroutant, cette mouvance de droite radicale s’est rapidement propagée sur tout le territoire italien. Ambiance.

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Premier article en marge du webdocumentaire sur Casapound, paru sur lemonde.fr

Par Youri Hanne

Après une décennie d’existence, Casapound peut revendiquer plus de 4’000 inscrits à travers l’Italie, une antenne dans chaque région, des dizaines d’occupations d’immeubles et d’établissements scolaires, une quinzaine de librairies, davantage de pubs, une webradio (Radio Bandiera Nera – présente en France et en Espagne), une revue (Occidentale), des clubs de sport, un syndicat estudiantin (le Blocco Studentesco), plusieurs forums sur la toile… Un véritable arsenal pour faire émerger, fructifier et diffuser son idéologie. Sur les t-shirts des militants, des slogans à l’emporte-pièce pleins d’ironie et de dérision.

Constituée autour d’un groupe de musique – ZetaZeroAlfa – et de son leader charismatique, Casapound est un mouvement qui porte fièrement l’héritage fasciste, tout en se réclamant de multiples figures, telles que Nietzsche, Tolkien et Hugo Chavez. Une tortue noire sur un drapeau rouge démarque son territoire. Les occupations d’immeubles – fer de lance du mouvement – cimentent la revendication du droit à la propriété pour chaque famille italienne.

Très à l’aise avec les stratégies de communication, Casapound use et abuse des manifestations et cérémonies à faire pâlir la concurrence. Récemment, un vibrant hommage était rendu à l’historien nationaliste français Dominique Venner [qui s’est donné la mort dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en mai dernier], dans des dizaines de villes italiennes. Les membres de l’association ne perdent pas une occasion de faire de la récupération et du prosélytisme.

Toutefois, la relation avec l’extérieur demeure contradictoire et volatile. Pas à pas, le mouvement perd de son exception en même temps que son statut extraparlementaire. En proposant des listes à plusieurs élections au cours des dernières années [et lors des municipales romaines de mai 2013], Casapound prouve qu’elle vit une transition profonde, même si elle s’en défend. Difficile, dès lors, de distinguer la spontanéité relative de sa jeunesse de sa finalité politique. Une chose est sûre, ses militants heurtent, choquent et inquiètent. Ce sont les « fascistes du troisième millénaire ».

Casapound, une carapace en béton, partie II